Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du second numéro de l’année 2026 du Journal de Botanique (numéro 124).

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Sommaire

Indigénat des espèces arborées de France à l’échelle des sylvoécorégions

par Maxime BELLIFA, Ingrid BONHEME, Guillaume DECOCQ, Guillaume FRIED, Bruno FADY, Marc VILLAR, Sylvain ABDULHAK, Jérémie VAN ES, Johanna BONASSI, Yoan MARTIN, Nicolas SIMLER, Marine COCQUEMPOT, Benoît TOUSSAINT, Sébastien FILOCHE, Vincent COLASSE, Fabien DORTEL, Hermann GUITTON, Laetitia HUGOT, Alain DELAGE, Yorick FERREZ, Benoît RENAUX, Virgile NOBLE, Marie GORET, Jérôme DAO, Gilles CORRIOL, Kevin ROMEYER, Sylvain BONIFAIT

Cet article présente la première caractérisation de l’indigénat des espèces arborées de France hexagonale à l’échelle des sylvoécorégions. Les sylvoécorégions constituent un découpage du territoire particulièrement adapté aux études forestières, basé sur des critères pédoclimatiques. Les taxons traités sont les espèces arborées au sens de l’Inventaire forestier national, c’est-à-dire les espèces ligneuses pouvant atteindre 5 mètres de haut à maturité. Mené par l’Institut national de l’information géographique et forestière, ce travail a été réalisé avec l’expertise des conservatoires botaniques nationaux et de spécialistes des questions d’indigénat. À l’issue de ce travail, 119 espèces sont considérées comme étant indigènes ou cryptogènes dans au moins une sylvoécorégion, et donc indigènes ou cryptogènes en France. Cette nouvelle information est maintenant disponible sur la plateforme de l’État « recherche. data. gouv » à l’adresse https://doi.org/10.57745/DHJHGS, et peut être utilisée dans les études nécessitant une approche fine de l’indigénat des espèces arborées.

 

Les « cellules initiales », composantes essentielles des méristèmes racinaires des plantes

par Jean VALLADE

Chez les plantes vasculaires l’ébauche de la racine primaire se met en place au cours de l’embryogenèse. Les modalités de formation du méristème radiculaire varient en fonction des groupes taxonomiques considérés, mais toutes mettent en jeu une ou plusieurs cellules particulières appelées « cellules initiales » dont la position, le rôle et l’activité, font l’objet de discussions depuis plus de cent-cinquante ans. La distinction de deux modèles principaux de méristèmes radiculaires fait aujourd’hui consensus : l’un pourvu d’une cellule initiale tétraédrique à l’origine de tous les tissus racinaires (chez certaines Ptéridophytes) et l’autre présentant plusieurs cellules initiales à fonc­tionnement polarisé et itératif, situées autour d’un centre quiescent (chez la plupart des Angiospermes et Gymnospermes). L’étude de l’embryogenèse du Pétunia, que nous avons qualifié d’espèce leptembryée, nous a permis d’établir un lignage cellulaire précis de la formation et de la croissance de la radicule puis de la jeune racine primaire qui met en évidence l’existence de cinq types cellulaires remarquables dont trois types d’initiales à l’origine de la stèle, du cortex et de la columelle auxquelles s’ajoutent les cellules de la base du protoderme, toutes au contact d’un centre quiescent constitué de quatre cellules mitotiquement inactives. L’examen de l’activité mitotique programmée et réitérée des initiales de l’écorce et de la columelle montre que ces cellules jouent un rôle « moteur » lors de la croissance de la radicule tandis que les cellules à la base du protoderme, responsables de la formation de la partie périphérique de la coiffe et de l’épiderme, sont dépourvues d’un programme autonome et ne sont actives que grâce à leur contact avec les précédentes (notion d’épigenèse structurale). Sur ces bases, un schéma interprétatif de la cinétique des territoires constitutifs de l’apex racinaire est proposé et devrait pouvoir s’appliquer à d’autres espèces, notamment à la racine pri­maire d’Arabidopsis. La prise en considération d’embryons appartenant à des espèces leptembryées de Monocotylédones (Cyperus, Luzula) montre la présence d’une zone radiculaire primordiale pourvue d’initiales présentant une disposition proche de celle reconnue chez les Dicotylédones à la différence près que les cellules de la base du protoderme ne sont pas au contact du centre quiescent. Cette discrète différence est à l’origine de l’existence de deux plans d’organisation du méristème, l’un propre aux Dicotylédones responsable de la structure dite climacorhize, l’autre caractérise les Monocotylédones dont les racines présentent une structure liorhize. Ces deux plans d’organisation ont été reconnus comme des caractères dérivés propres séparant les deux groupes monophylétiques Monocotylédones et Eudicotylédones.